The Girl in the Fireplace

15 mars 2018

Go, AlphaGo !

Il y a tout juste deux ans, AlphaGo, l’intelligence artificielle (IA) made in Google remportait la dernière manche d’un tournoi de cinq matchs contre le Sud-Coréen Lee Se-Dol, un des meilleurs joueurs de go au monde. Retour sur un moment historique.

Des débuts prometteurs

L’histoire commence dans les locaux de DeepMind, laboratoire d’innovation en IA basé à Londres et filiale de Google. Pour tester et améliorer le logiciel AlphaGo, Demis Habassis et son équipe proposent à Fan Hui, un Sino-français qui s’avère être champion d’Europe de go, de devenir son adversaire. Il accepte et se lance dans l’aventure, confiant.

AlphaGo gagne. C’est la première fois qu’une IA remporte un match de go face à un joueur professionnel. Bien entendu, la prouesse rappelle celle du match DeepBlue – Kasparov en 1997. Cependant, lorsque l’on sait que les combinaisons possibles au premier coup sont dix fois plus nombreuses au go qu’aux échecs (200 contre 20), l’exploit impressionne.

Lee Se-Dol : un nouveau défi

Forte de ce succès, et avec l’aide consultative de Fan Hui, l’équipe GoogleDeepMind se lance dans l’ascension d’un autre Everest : Lee Se-Dol, joueur Sud-Coréen parmi les meilleurs du monde. Alors que Fan Hui est 2e dan, Lee Se-Dol est 9e dan, le rang le plus haut qui existe.

La confrontation est programmée pour durer cinq jours, avec une manche par jour. Tout le pays encourage son champion : en Corée du Sud, le go fait partie intégrante de la culture, et les Coréens le placent au même rang que la musique, la peinture ou encore la poésie. Savoir jouer au go est un signe d’érudition. Le tournoi s’annonce donc passionnant.

Cinq jours passionnants et un résultat de 4-1, en faveur d’AlphaGo

Les trois premières journées sont éprouvantes pour Lee Se-Dol, car il s’agit de trois défaites. Faisant preuve de fair-play, il salue le travail de l’équipe GoogleDeepMind et présente ses excuses pour son jeu. L’émotion est palpable. Au-delà d’une simple tristesse due à la défaite, une certaine appréhension se fait ressentir : si l’on a réussi à créer une machine capable de surpasser l’un des meilleurs joueurs de go au monde, où se place la barre de l’impossible ? Les IA dépasseront-elles les humains et inverseront-elles la donne ? Les chercheurs s’accordent à dire qu’on en est loin ; Li Fei-Fei, directrice du Laboratoire des AI de Stanford, explique qu’on est plus proche d’un lave-linge intelligent que d’un méchant Terminator aux yeux rouges.

Le quatrième jour, unique défaite d’AlphaGo, est important à la fois pour Lee Se-Dol et pour GoogleDeepMind. Le Sud-Coréen a surpris l’IA qui a vu ses chances de victoire chuter et qui n’a pas été capable de redresser la barre. Cela a redonné confiance au joueur, gommé les peurs des spectateurs, et a permis aux concepteurs, malgré la déception, de récupérer ces informations pour améliorer le logiciel.

Trois composantes essentielles

Mais au fait, comment ça marche ? Thorpe Graepel, un chercheur de l’équipe GoogleDeepMind, explique qu’AlphaGo repose sur trois composantes essentielles : le réseau stratégique, l’arbre de recherches et le réseau de valeurs.

Le premier contient les parties de joueurs humains professionnels et met à disposition d’AlphaGo une base de données concrètes qu’il peut imiter. Le deuxième permet à l’IA d’analyser les différentes variations et d’anticiper les mouvements. Enfin, le réseau de valeurs comptabilise les probabilités pour déterminer le meilleur positionnement possible pour aller vers la victoire.

Cette version du logiciel dépend donc grandement du facteur humain : sans parties et coups à imiter, l’IA ne peut pas faire grand-chose. Mais depuis, le logiciel a bien évolué.

D’AlphaGo à AlphaGo Zero

Depuis la victoire d’AlphaGo sur Lee Se-Dol, le logiciel a bien évolué. Cette première version, baptisée AlphaGo Lee en honneur au joueur, a été remaniée pour lui permettre, en mai 2017, de gagner contre le numéro 1 mondial, un Chinois de 20 ans nommé Ke Jie.

Cette deuxième version, appelée AlphaGo Master, a elle aussi été améliorée pour donner naissance à AlphaGo Zero. Mais qu’est-ce qui a changé ? La grosse différence, c’est qu’en dehors des règles du jeu, aucun autre apport humain n’a été ajouté. Aucune partie jouée par des humains, aucun coup célèbre. Le logiciel a appris, seul, à maîtriser le go. En trois heures, il avait appris les bases du go. En trois jours, il battait AlphaGo Lee à plates coutures, par 100 à 0. En 40 jours, il l’emportait aussi sur AlphaGo Master (la version du match contre Ke Jie) par 89 à 11. Il ne reste plus qu’à attendre la prochaine étape.  

Sources :

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/01/27/fan-hui-champion-europeen-de-go-je-suis-le-premier-joueur-pro-a-perdre-contre-une-machine_4854891_4408996.html

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/05/23/comment-alphago-a-transforme-l-intelligence-artificielle-et-le-jeu-de-go_5132473_4408996.html

http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/10/18/intelligence-artificielle-toujours-plus-puissant-alphago-apprend-desormais-sans-donnees-humaines_5202931_4408996.html

https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/18/en-3-jours-lintelligence-artificielle-de-google-a-appris-le-jeu-de-go-et-ecrase-la-machine-qui-a-detrone-lhomme_a_23247579/

https://www.numerama.com/tech/299070-alphago-devient-autodidacte-lia-na-plus-besoin-de-lhomme-pour-progresser-au-go.html

https://www.lesechos.fr/19/10/2017/lesechos.fr/030744604725_intelligence-artificielle---alphago-battu-par----alphago.htm#

http://www.businessinsider.fr/demis-hassabis-jeu-casse-briques-intelligence-artificielle-alphago

Documentaire AlphaGo, disponible sur Netflix US depuis le 29 septembre 2017, sur Netflix France depuis le 2 janvier 2018.

alphago

Posté par Seela à 11:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

08 mars 2018

Genre vs culture - Quand les choix que nous faisons sont conditionnés par le genre

Commençons par une question toute simple : avez-vous l’impression d’être libres de toute contrainte dans le choix de vos activités (professionnelles, loisir…) ? Pour tenter d’y répondre, faisons un petit exercice tout simple. Voici une liste d’activités. Répartissez-les en deux groupes (et deux groupes seulement), comme ça, d’instinct. 

Sans titre 1

Maintenant, si je vous dis : grâce, technique, affirmation de soi, émotion, rationalité, élégance, écoute, virtuosité, force, affectivité ; comment classez-vous ces mots en deux groupes ?

Est-ce que vos groupes ressemblent aux miens ?

01

Si oui, vous avez une approche genrée de ces activités, c’est-à-dire que vous leur attribuez un genre. Les activités de la colonne de droite sont d’après vous des activités féminines, tandis que celles de la colonne de gauche sont masculines. Cette approche genrée, socialement construite, prouve bien que nous ne sommes pas si libres que ça dans nos choix d’activités, culturelles y compris.

C’est en tout cas ce que tend à démontrer la collection d’articles rassemblés sous le titre Questions de genre, questions de culture par Sylvie Octobre, ainsi que sa postface, signée par Marie Buscatto et intitulée « La culture, c’est (aussi) une question de genre », que je vais tenter de vous présenter.

Marie Buscatto, ainsi que les auteurs de la collection, émet donc l’idée que nous avons l’impression d’être libres dans nos choix de pratiques culturelles. Illusion trompeuse s’il en est. Prenons deux exemples présentés dans l’ouvrage : dans le premier, on nous explique que la danse classique est considérée comme féminine car elle exige de posséder des qualités jugées féminines : grâce, élégance…

02

En revanche, le hip-hop est lui considéré comme une activité masculine, car elle exige de posséder des qualités jugées masculines : endurance, force, combativité…

02

Le 2e exemple, qui nous concerne plus, montre que la culture scientifique est majoritairement masculine. Les femmes y sont, je cite : « rares, invisibles et infériorisées », tandis que les grands hommes de la science sont valorisés, aidant les jeunes garçons à se retrouver dans cette culture scientifique et à s’y sentir bien. (Bien qu’il ne s’agisse pas ici de genre, mais plutôt d’ethnie, si l’on prend en compte la population noire dans son ensemble, toutes origines confondues, doit bien se sentir invisible dans les différents média. L’impact d’un film comme Black Panther, mettant à l’honneur cette population, mettant en position de héros (voire de super-héros) les personnages principaux, noirs, est colossal mais rare, tout comme la présence des femmes dans la culture scientifique.

Dans nos sociétés modernes où l’on se targue d’avoir fait évoluer les mentalités, comment se fait-il que nous subissions ces contraintes de genre tout en ayant l’impression d’être libres dans nos choix ? Plusieurs facteurs entrent en compte.

D’une part, ces modèles sont perpétués par différents dispositifs de socialisation :

  • Familial tout d’abord : la transmission parents / enfants reste un lien fort et les réflexes acquis par les générations passées perdurent parfois jusqu’à aujourd’hui.
  • Scolaire ensuite : à l’école, dans les centres de loisirs, etc.
  • Ou encore médiatique. Les journaux, magazines, séries télé et films véhiculent tous une certaine vision de l’homme et de la femme. Les publicités pour parfum, par exemple, mettront principalement en scène de belles femmes bien apprêtées. On retrouve l’élégance, la grâce, la sensualité. Celles pour les voitures en revanche, utiliseront plutôt un homme, pour le côté viril, prise de décision. Et quand elles mettent en scène des femmes, il s’agit souvent de potiches tout juste bonnes à servir de faire-valoir à l’homme et à sa voiture.

Il existe aussi certains dispositifs beaucoup plus informels. L’autre jour, je parcourais un site de vente privées à la recherche d’un cadeau pour ma fille de 7 ans. Mon regard s’arrête sur une boutique de décoration avec des affiches au graphisme rigolo. Pas ce que j’aurais acheté, mais rigolo quand même. Oui mais… les choix, là aussi sont genrés. Les filles ont le droit d’être une princesse ou d’être superficielles, les garçons eux peuvent devenir des rock stars ou des docteurs. Pourquoi, d’après cette boutique de déco (comme pour tant d’autres), les filles ne pourraient-elles pas aussi des pirates, ou des pilotes de courses et pourquoi les garçons ne pourraient-ils pas être des princes, ou vouloir être le plus beau ?

Sans titre 8

Une autre explication donnée par Marie Buscatto est l’existence de la naturalisation. L’idée est que tout ce conditionnement n’est pas socialement construit, comme on voudrait nous faire croire, mais bien le résultat d’une quelconque distribution génétique qui fait que les femmes sont, par leur constitution physique, des êtres fragiles et de la fragilité à la grâce il n’y a qu’un pas. Les hommes quant à eux, sont naturellement plus forts physiquement, ce qui implique nécessairement qu’ils soient également plus forts mentalement et donc plus aptes à occuper des postes à responsabilités, à pratiquer des activités demandant force, endurance, affirmation de soi.

D’après Marie Buscatto, les dispositifs de socialisation présentés auparavant sont invisibles, on ne se rend pas compte qu’on les « subit ».De fait, je cite « la fabrique sociale des différences genrées est rendue invisble au profit d’un discours qui promeut les choix individuels, les goûts subjectifs, les orientations personnelles. » Ceci est notamment flagrant lorsqu’on interroge des jeunes de 20 ans sur leurs pratiques culturelles. Ils sont persuadés que les pratiques sont le résultat de choix personnel basé sur leurs goûts et aspirations profondes, et que s’ils changeaient de genre, ils auraient choisi les mêmes pratiques. Ce qui est paradoxal, c’est que ces mêmes jeunes avouent penser que certaines activités sont des « trucs de garçons » tandis que d’autres seraient des trucs de filles. En ce qui concerne la culture scientifique, même constant. D’après ces jeunes, les filles aurait des cerveaux et des gènes qui justifieraient leur peu d’appétence pour la science.

Néanmoins, même s’ils sont rares, des exemples de transgressions, ou du moins de tentatives existent. Hommes comme femmes, même s’ils sont rares (et chez les hommes plus que chez les femmes, j’y reviendrai), essayent de s’affranchir de ce genrisme. D’après Marie Buscatto, cette démarche, contrairement à ce que l’on pourrait penser, surtout dans cet ère post-Weinstein, est plus difficile pour les hommes que pour les femmes. Les femmes éprouveraient moins de difficultés à s’affranchir de ce carcan, car elles subiraient moins la pression du regard extérieur et du jugement.

06

L’exemple utilisé, celui d’un homme voulant être flûtiste depuis son enfance, obligé d’apprendre à jouer d’instruments plus masculins à la place (guitare, percussions) et qui a attendu de maîtriser lesdits instruments avant de finalement apprendre la flûte par peur d’une remise en cause de sa virilité, de sa capacité à assurer, voire même de son pouvoir sexuel.

Le titre de l’article donne une autre indication : la culture, c’est une question de genre, certes, mais il ne faut pas oublier le aussi. Si le genre est un critère déterminant dans les pratiques culturelles, il n’est pas l’unique. En effet, on peut aussi noter l’influence des déterminants sociales tels que les classes sociales, comme indiqué dans l’exemple de la culture scientifique : plus d’hommes que de femmes, certes, mais les hommes issus des classes populaires tendent à en être exclus. L’âge, les relations de couple, la présence d’enfants dans la cellule familiale, le métier exercé sont autant de facteurs à prendre en compte.

07

 

Source : "La Culture, c'est (aussi) une question de genre" - Marie Buscatto, in Questions de genre, questions de culture dirigé par Sylvie Octobre

19 février 2018

Super-héros et féminisme

Je sors tout juste du cinéma où j'ai vu Black Panther

De manière générale, je ne suis pas fan des films de super-héros : je les trouve trop cliché ; le super-héros est dans la majorité des cas un homme, entouré de belles femmes qui servent de faire-valoir, et n'ont pour la plupart pas une once de pensées originales (bien loin donc, des femmes de la vraie vie). 

wonderwoman

Et puis est arrivée Wonderwoman. Une femme super-héroïne, dans un film réalisé par une femme, ça change un peu la donne. Et ça m'a donné envie de m'y intéresser (on passera sur le très médiocre Justice League, qui à mon sens détruit tout ce qui avait été fait dans Wonderwoman du point de vue du traitement des femmes).

Lorsque Black Panther a été annoncé, je trépignais d'impatience. Enfin, un film où les Noirs (considérés comme minorité dans la société actuelle et traités comme tels, voire même pire) ont la part belle. Et là, surprise : non seulement on a cette mise en exergue (et des tas de petites filles et de petits garçons dans le monde ont enfin pu s'identifier à des personnages positifs, porteurs d'espoir -  #representationmatters),

rrm8b0yc10h7k6do9ovi 

mais il s'agit aussi d'un film qui propose l'image d'une femme forte, moderne, intelligente, non sexualisée et dont les émotions, au lieu d'être une faiblesse, sont une force.

black-panther-latitia-lupita-danai-angela-1

 

Un des personnages féminins les plus intéressants est Shuri. 

Petite soeur de T'Challa, elle est aussi responsable R&D (research and development). Elle est ouverte, curieuse, extrêment intelligente.  C'est elle qui conçoit le costume de Black Panther, c'est elle qui l'améliore, c'est elle qui soigne l'agent américain blessé par le grand méchant. On lui fait confiance en tout point. 

De nombreux memes circulent sur internet depuis la sortie du film, montrant une confrontation entre Tony Stark et Shuri (ils devraient d'ailleurs se rencontrer bientôt), et tous montrent que Shuri en sortirait vainqueur, haut la main. De plus, elle reste modeste (tandis que pour Stark, la modestie est un concept inusité).

4345c1f929c4cc1ae2e5f74b30d855d0

 

Elle entre dans la (très courte) liste des personnages principaux féminins qui sont des scientifiques. Nul doute qu’elle inspirera des tas de petites filles à se diriger vers les sciences.

Posté par Seela à 11:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,